Une demande confidentielle du dirigeant, une opération stratégique, un virement à faire vite. La fraude au président est ancienne ; l'intelligence artificielle lui donne aujourd'hui un visage et une voix.
Le principe
La fraude au président est une variante du faux ordre de virement. L'escroc se fait passer pour le dirigeant, ou pour un mandataire qui agit en son nom, souvent un faux avocat ou un faux conseil. Il obtient d'un collaborateur un virement exceptionnel vers un compte qu'il contrôle, en invoquant une opération confidentielle : acquisition, contrôle fiscal, dossier sensible.
Le ressort est toujours le même : l'autorité, l'urgence et le secret. Le collaborateur ciblé est choisi pour sa capacité à payer et pour sa loyauté. Le secret exigé l'empêche précisément de vérifier auprès de ceux qui démasqueraient la supercherie.
Ce que l'intelligence artificielle change
Longtemps, l'escroquerie reposait sur un courriel ou un appel. Le réflexe de prudence consistait à « s'assurer que c'est bien lui ». Avec la voix clonée et la vidéo truquée, ce réflexe ne protège plus : on peut voir et entendre un dirigeant qui n'est pas là. L'affaire Arup en est l'illustration la plus documentée.
Les signaux d'alerte
- Un ton ou un canal inhabituel : messagerie personnelle, numéro inconnu, horaire atypique.
- Une consigne de secret, y compris envers la direction financière ou les commissaires aux comptes.
- Une opération présentée comme stratégique, urgente et exceptionnelle.
- La flatterie : « je compte sur vous, vous êtes le seul à qui je peux le confier ».
- Un refus d'être rappelé, ou un rappel proposé sur un numéro fourni par l'interlocuteur.
Les parades
La parade n'est pas de mieux reconnaître un visage, mais de ne jamais faire dépendre un paiement d'une seule voix.
- Une règle écrite : aucun virement exceptionnel sans validation par une seconde personne, quel que soit le demandeur.
- Un contre-appel systématique, sur le numéro habituel du dirigeant, par un canal différent de celui de la demande.
- Un mot de passe ou une question convenus à l'avance pour les demandes sensibles.
- Une consigne explicite, portée par le dirigeant lui-même : « je ne vous demanderai jamais de contourner la procédure ».
- Une sensibilisation ciblée des fonctions qui paient : comptabilité, trésorerie, assistants de direction.
Le relais interne, angle mort de la prévention
Pour être crédible, l'escroc doit connaître l'entreprise : qui paie, qui valide, quand le dirigeant est en déplacement, quels dossiers sont en cours. Ces informations proviennent souvent de sources ouvertes, parfois d'une messagerie compromise, parfois d'une indiscrétion. Mesurer ce que l'entreprise expose, et à qui, fait partie de la prévention.
Ce que dit le droit
Les faits relèvent principalement de l'escroquerie (article 313-1 du code pénal : cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende), éventuellement de l'usurpation d'identité (article 226-4-1). Comme pour tout faux ordre de virement, la banque n'est en principe pas responsable d'un virement ordonné par une personne habilitée, sauf anomalie apparente.
Questions fréquentes
Une escroquerie dans laquelle un fraudeur se fait passer pour le dirigeant, ou pour un mandataire, afin d'obtenir d'un collaborateur un virement urgent et confidentiel vers un compte qu'il contrôle.
Oui. Dans l'affaire Arup révélée en 2024, un employé a effectué quinze virements après une visioconférence où le directeur financier et ses collègues étaient des imitations générées par intelligence artificielle.
En imposant une validation par une seconde personne pour tout virement exceptionnel, un contre-appel sur le numéro habituel du dirigeant et, pour les demandes sensibles, un code convenu à l'avance.
Il est d'abord victime d'une manipulation construite pour le piéger. L'enjeu pour l'entreprise est moins de chercher un responsable que de rendre la procédure impossible à contourner.
Sources
- Le Monde Informatique, 5 février 2024
- HCAMag, confirmation d'Arup (mai 2024)
- Cybermalveillance.gouv.fr, fiche réflexe « Faux ordres de virement »
Article d'information, fondé sur les sources citées à la date de publication. Il ne constitue pas un avis juridique ; chaque situation appelle une analyse des faits.